• Dorothée se confie sur ses blessures et justifie sa rareté dans les médias

    Invi­tée de Cyril Hanouna dans l'émis­sion « Touche Pas A Mon Poste », ce lundi 19 septembre, à l'occa­sion de la sortie de Doro­thée: L'essen­tiel (triple compi­la­tion regrou­pant tous ses tubes mais aussi 13 inédits), l'ex-idole de la jeunesse revient pour sur brutale évic­tion de TF1, il y a bien­tôt 20 ans. Une retraite impo­sée, devenu un choix de vie…

    « Dès que quelque chose m’em­bête un petit peu, j’ai la faculté d’oc­cul­ter. » A l’autre bout du télé­phone, la voix est incroya­ble­ment fami­lière, entre la grande sœur et l’amie d’en­fance, voire la « nounou » comme la quali­fient encore beau­coup de tren­te­naires. Quand on demande à Doro­thée de racon­ter cette dernière jour­née, la dernière du Club Doro­thée, sur TF1, elle s’en tient au factuel. A l’époque déjà, elle avait su serrer les dents pour rete­nir ses larmes. Alors, vingt ans après…

    Nous sommes le 26 août 1997. Les vacances touchent à leur fin et Paris reprend douce­ment des couleurs de rentrée. Rue de la Montjoie –qui ce jour-là porte assez mal son nom-, à la Plaine Saint-Denis, où se situent les studios de AB produc­tions, tout le monde est là. Notam­ment Jacky, le rocker sympa, Corbier, le chan­son­nier lunaire, la brune Ariane et elle, bien sûr, Doro­thée. Petit pull col roulé blanc, veste bleu élec­trique, elle chante :« Et même à l’autre bout du monde, quel que soit l’en­droit où l’on soit, aussi vrai que la terre est ronde, un jour on se retrou­ve­ra… » « Do » souffle les bougies des dix ans de son émis­sion. Il y a du bon petit soldat en elle. Quelque chose de volon­taire. « Je n’aime pas perdre le contrôle, me lais­ser aller, commente-t-elle aujourd’­hui. J’ai peut-être peur de trop montrer mes senti­ments. Pourquoi ? Allez savoir… Et puis, c’était déjà assez triste comme ça de partir, on n’al­lait pas en rajou­ter ! Quand j’ai commencé ce métier, vous savez, je me suis toujours dit qu’un jour ça s’ar­rê­te­rait, c’était clair dans ma tête. Mais j’au­rais préféré choi­sir la date moi-même. »TF1 ne lui en n’a pas laissé le loisir. « Ça a été le coupe­ret, le coup de massue. On ne me l’a pas annoncé offi­ciel­le­ment, j’ai appris les choses par les bruits de couloir, les « On a lu que… », « On a entendu que… »… »

    Cette dernière, Doro­thée aurait aimé la faire en direct, comme les autres. Mais la chaîne en a décidé autre­ment.« Ils ont dû penser que j’al­lais régler tous mes comptes, ce qui n’est pas du tout mon style, je n’au­rais rien fait de spécial. Ils ont  voulu sécu­ri­ser. Ce n’est pas grave. » Si d’autres ont gardé de la rancœur, elle non. Ce mot, comme regrets ou remords d’ailleurs, elle l’a rayé de son voca­bu­laire. Ques­tion de survie ? « Ques­tion d’édu­ca­tion », réplique-t-elle. Le vendredi 29 août, quand l’émis­sion est enfin diffu­sée et que ses cinq à six millions de petits fans apprennent du coup la triste nouvelle, Doro­thée, elle, est déjà ailleurs. Dans un chagrin plus privé dont elle nous demande de ne pas trop parler (« S’il vous plait, c’est mon point faible »). Juste dire alors que le soir même de l’en­re­gis­tre­ment de cette dernière, lors d’un diner orga­nisé par toute l’équipe, son télé­phone a sonné. Elle a répondu. Puis disparu. Sa maman, qui était malade, venait de mourir. Au moment où une page profes­sion­nelle se refer­mait, la sphère fami­liale se rappe­lait à elle doulou­reu­se­ment, certes, mais inten­sé­ment. Cette partie de sa vie qu’elle avait mise en sour­dine pendant près de vingt ans la convoquait. Frédé­rique Hoschedé, de son vrai nom, avait tout un tas de choses à faire, à décou­vrir, à rattra­per même. Et en premier lieu : « Un peu de vacances ne m’a pas fait de mal ! », sourit-elle.

    «  Cela n’a pas été si diffi­cile que ça en fait d’ar­rê­ter, avoue-t-elle. Il y a eu un petit silence, c’est vrai, j’avais besoin de digé­rer tout ça, je n’avais pas envie de me répandre, mais ce n’est pas dans mon tempé­ra­ment de rumi­ner ou de regret­ter. »Ok. Mais diver­tir la jeunesse de vingt à quarante heures de direct par semaine, déte­nir le record de spec­tacles avec quelques cinquante-neuf Bercy remplis à guichets fermés, avoir enre­gis­tré une ving­taine d’al­bums (trente millions de disques vendus)… Le simple fait d’énu­mé­rer tout cela donne le tour­nis. « Je comprends, s’amuse-t-elle,moi-même, je suis épui­sée rien qu’à regar­der des docu­men­taires qui me sont consa­crés ! ». Doro­thée assure pour­tant que tout cela n’était ni une corvée, ni un sacer­doce, mais juste sa vie. Qu’a­voir été privée des siens, privée d’en­fants aussi, était un choix déli­béré. « C’était ou la carrière, ou la vie de famille. J’ai privi­lé­gié la première. Je ne pouvais pas faire les deux. Et ce qui ne s’est pas fait, ne s’est pas fait, je l’ac­cepte. Je ne garde en mémoire que les bons moments, j’es­saie au maxi­mum en tout cas. Poli­tique de l’au­truche, me direz-vous ? Et pourquoi pas… » Derrière l’ap­pa­rence fluette, on sent une éner­gie de bull­do­zer, une force puisée dans des racines solides.

    Bretonne de cœur et d’ori­gines, il y a quelque chose de miné­ral et de clair en elle. Chez les Hoschedé, on a dû beau­coup s’ai­mer et se le dire. Elle confirme. « J’ai été bien proté­gée, bien diri­gée. Maman était très carrée, stricte quand il le fallait, mais hyper drôle aussi. Quand j’ai commencé ce métier, elle était toujours derrière à me dire « Atten­tion ! » Et ça, c’était bien. Papa, je l’ai perdu très tôt. Il chan­tait magni­fique­ment bien, il aurait adoré parti­ci­per à des spec­tacles, des albums, je suis sûre qu’on aurait fait des duos d’en­fer ! Il est parti trop tôt. Je commençais comme spea­ke­rine quand il est mort. En faisant ce métier, quelque part, j’ai réalisé son rêve. » Elle se souvient qu’en 1973, quand Jacque­line Joubert alors sur l’ORTF lui a proposé de faire de la télé­vi­sion, son père lui a dit : « Si tu aimes, vas y !»« C’est génial de la part d’un papa je trouve !, lance-t-elle.Maman était plus réti­cente, car plus protec­trice, mais elle ne m’a jamais empê­chée non plus. » Véri­table garçon manqué, plus portée sur les jeux de cow-boys et d’in­diens que sur les poupées (« au grand déses­poir de maman », précise-t-elle), Frédé­rique vouait un véri­table culte à son frère Jean-François, son aîné de sept ans. « Gamine, j’étais un boulet pour lui, mais vers l’âge de vingt ans, nous sommes deve­nus soudés comme les doigts d’une main. » En 2010, Jean-François est mort des suites d’une mala­die. « Je suis toujours leur fille, je suis toujours la sœur. Je pense à eux tout le temps ! Non stop ! Je me dis « Ah, s’ils étaient là ! », « Ah, s’ils voyaient ça ! ». Je vis toujours avec eux en fait. Je n’ai pas coupé le cordon. »« Faute de famille, l’homme, dans l’im­mense univers, tremble de froid », écri­vait André Maurois. S’il n’y a pas chez Doro­thée ce besoin vital de lumière qui fait que d’au­cuns s’y brûlent, c’est sans doute là qu’il faut en trou­ver l’ex­pli­ca­tion. Dans cette famille soudée, unie, perçue comme un nid protec­teur. Voilà encore comment expliquer qu’une déci­sion impo­sée par autrui, devint, dans les mois, les années qui suivirent, un choix person­nel. « C’est vrai ! Je n’avais pas envie de parler pour ne rien dire, ni de faire n’im­porte quoi pour le plai­sir de faire… »

    Et aller frap­per aux portes avec des projets sous le bras ? Se battre ? Emprun­tant aux enfants, l’une de leurs expres­sions, elle nous répond : « N’avais pas envie ! » En 2004, elle a pour­tant failli reprendre le rôle de Gérard Klein dans la série L’ins­tit. Quatre ans plus tard, entou­rée des anciens du « Club Doro­thée », elle a contri­bué au lance­ment de IDF1, chaîne locale d’Ile-de-France, propriété de son ancien produc­teur, Jean-Luc Azou­lay. En 2011, sur RTL9, chaîne du groupe AB, elle a animé quelques émis­sions sur la magie avec l’illu­sion­niste Laurent Beretta. Des appa­ri­tions toujours trop furtives. « Je n’ai pas baissé les bras, mais j’avançais au coup de cœur, confie Doro­thée. Quitte à faire quelque chose, j’au­rais aimé que ce soit diffé­rent. »Comme le cinéma par exemple. Après avoir tourné L’amour en fuite (1979), avec François Truf­faut, et Pile ou face (1980), entre Michel Serrault et Philippe Noiret sous la direc­tion de Robert Enrico, elle aurait pu y prétendre en effet… « On ne m’a rien proposé. L’étiquette était là, c’était impos­sible. » Label­li­sée télé, jeunesse, TF1, on lui a fait d’une certaine façon payer son succès, son omni­pré­sence, voire omni­po­tence.« Quand elle était à Antenne 2, les critiques la portaient aux nues, dès qu’elle est passée à TF1 qui venait d’être priva­ti­sée, elles l’ont clouée au pilori », raconte un de ses proches. Télé­rama osa même alors un « Faut-il brûler Doro­thée ? » en pleine une. « Les critiques étaient assez insup­por­tables, se souvient-elle. J’es­sayais de ne pas les lire, de ne pas les entendre, mais ce n’était pas toujours possible et certaines faisaient parfois très, très mal. Cepen­dant, je n’ai jamais eu envie d’y répondre. Si cela s’était déroulé à l’époque de Twit­ter et des autres réseaux sociaux, je n’au­rais pas répondu non plus. Cela ne sert à rien d’en­ve­ni­mer les choses. »

    Quand la lumière s’est éteinte, Doro­thée ne s’est pas perdue. Pas trou­vée non plus. Elle a juste conti­nué. Elle conti­nue. De sa vie privée, elle dit toujours « Tout va très bien, merci ! », pour couper court aux ques­tions. Début 2010, Thierry Demai­zière, jour­na­liste de l’émis­sion « Sept à huit »,  tenta de la faire réagir à la rumeur d’un cancer surmonté. Respec­tueux de son extrême discré­tion, ses intimes osent à peine avouer qu’elle vit avec un compa­gnon depuis plusieurs années. Doro­thée n’en­trouvre aucune porte.  « Mon inti­mité, c’est comme ma maison. Et peu de gens ont les clefs de ma maison. » Entre son appar­te­ment pari­sien et sa maison de Norman­die, la télé­vi­sion reste une vieille copine qu’elle fréquente dès le matin (les chaînes infos), puis au hasard des programmes. Evidem­ment, on ne peut s’em­pê­cher de lui deman­der si une émis­sion lui donne­rait envie. Petit racle­ment de gorge : « Est-ce que je suis obli­gée de répondre ? »… Selon Boris Cyrul­nik, « L’évo­lu­tion ne connaît pas la marche arrière. » Doro­thée non plus.

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